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Playbuzz le nouveau média que tous les journalistes haïssent déjà sans le savoir

Playbuzz, tout le monde en parle aux Etats-Unis depuis quelques mois, mais personne encore en France (aucun article référencé dans Google News Voir aussi : Plus de gens apprennent une langue sur (…) à cette heure en tout cas). Playbuzz un clone de Buzzfeed le tueur des médias de «qualité» ? Simpliste, mais on vous dira le contraire, vous verrez.

Que le site soit lancé par un serial entrepreneur, c’est à dire presque un vieux, fils d’un premier ministre israélien, avec une équipe de 20 personnes et déjà 70 millions de visiteurs chaque mois ne va que rajouter un peu de croustillant à cette histoire.

En dix mois, Playbuzz vient de dépasser Buzzfeed dans le sites récupérant le plus de trafic de Facebook, autrement dit ceux qui ont compris comment l’audience se crée sur Internet. C’est un rapport d’une société d’analyse de trafic qui a jeté le pavé dans la toile.

 

L’origine des visiteurs d’un site n’est pas le site, logique non ?

 

Ah oui, pour les retardataires, on ne vient plus sur un site en entrant pas son entrée principale (la couverture dans le papier) mais par la petite porte (une page). Non, on ne s’est pas levé le matin en allant saisir son url préférée d’une marque — pardon d’un journal —au mieux vieux d’un demi-siècle, d’un autre siècle donc.

On est arrivé là souvent par les amis qui ont partagé un lien sur les nombreuses plateformes que l’on utilise. Donc être capable de devenir le deuxième site partagé sur Facebook Voir aussi : Quelques données intéressantes sur Facebook, lui-même plus première plateforme de partage est parmi le meilleur critère pour mesurer la capacité de création d’audience. Demain Facebook sera remplacé par un autre, mais le principe sera le même. Encore renforcé par l’usage du mobile qui fait réagir encore plus à des flux de signaux personnels.

Mais comment en est-on arrivé là entendons-nous souvent dans les jérémiades des médias « historiques » ? Ce n’est pourtant pas très compliqué : dans un monde physique où le choix n’existe pas, le lecteur n’est pas un client mais un otage. On fait de lui ce qu’on veut. Dans un monde numérique, la multitude de choix (re)donne sa liberté au lecteur mais lui ajoute la difficile tâche de choisir. A ce jour, il se trouve que le moyen le plus simple est de regarder ce que partagent ses amis. En tout cas, c’est bien plus efficace que ce qu’un rédacteur en chef dans son bureau parisien a décidé de vous mettre dans le bec sans vous connaître.

 

Le contenu « bas de gamme » a toujours financé les médias

 

Pour les retardataires, Buzzfeed était jusqu’à présent le dernier champion de création d’audience de masse. D’autres sites sont allés plus vite mais moins haut, comme upworthy ou SB Nation.

Et comme en télévision, radio, ou papier, le média de masse, ça reste quand même le meilleur modèle pour financer une rédaction, surtout de qualité. Sébastien ou la télé-réalité ne sont pas étrangers au financement des journaux et émissions de reportages sur les chaînes privées.

Bizarrement ce modèle ne choque aucun journaliste, sauf quand c’est fait sur Internet. Sauf que Buzzfeed est en train de financer une vraie rédaction et du « long form journalism » en ayant commencé par les chiens écrasés et la gaudriole (pardon : les chats mignons et les vidéos virales dans la vie du Web).

 

Playbuzz n’est pas le concurrent de Buzzfeed : ils n’ont pas le même modèle économique

 

Mais au delà de la forme et des couleurs (efficaces sur le Web) ce serait une erreur de pousser la comparaison entre les deux sites.

D’ailleurs le fondateur de Playbuzz dit lui même que Buzzfeed n’a pas inventé la viralité et encore moins les « listarticle ». Et il a raison.

Son modèle est très différent : il veut devenir une plateforme pour diffuser des contenus sous formes de petites application avec lesquelles vous interagissez. Vous remarquerez qu’on parle de service plus que de contenu. Etre donc utilisé par tous les producteurs de contenus (marques médias compris) et exporter son service sur tous les sites comme le fait Youtube Voir aussi : Howcast – Des anciens de Youtube lancent un site (…)
. Une fois que les affichages sur ces sites dépasseront les centaines de millions, il ne sera pas compliqué de trouver un modèle de revenu. Tout média de masse arrive à se monétiser, et à atteindre la profitabilité surtout quand ses coûts sont réduits à l’extrême puisque ce n’est pas lui qui produit le contenu.

C’est un modèle de media « as a plateforme » qui n’a donc rien à voir avec l’édition de contenus financé par la publicité Voir aussi : Le native advertising en passe de remplacer les bannières ? sur un site de destination vers lequel se dirige maintenant buzzfeed.

Je prend le pari ici que la scène journalistique française va encore s’étrangler de l’apparition de ce site (comme elle l’a fait avec l’arrivée de Buzzfeed, notamment en France) en se demandant jusqu’où ce contenu poubelle va encore se déverser…

Démontrant encore son incompréhension des modèles de publication et encore plus des modèles économiques.

Mais vous l’aurez compris, j’espère, cela n’a rien à voir.

Auteur - Julien Jacob

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