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C’est toujours intéressant d’apprendre de ses erreurs, encore plus de celles des autres.

Au passage, je pense à la signature d’Esther Dyson au pied de ses emails : Always make new mistakes! J’adore Esther !

Je m’égare… De quoi s’agit-il ? Le magazine Nature avait décidé en juin de s’inspirer du fonctionnement de wikipedia pour compléter le process déjà existant de sélection des 10 000 articles reçus chaque année par la célébrissime revue. L’idée ? Demander aux auteurs de mettre à disposition sur un serveur leurs articles pour que la communauté scientifique puisse les commenter et les juger en accès libre. Ce travail étant ensuite utilisé par l’équipe interne de Nature pour sélectionner les meilleures pour publication.

Ils viennent de tout arrêter. Le Wall Street Journal donne les chiffres : sur les 1379 articles soumis pendant la période, seulement 71 auteurs ont accepté de poster leurs travaux en ligne avant publication et ils n’ont reçus que 92 commentaires.

Leur conclusion : dans l’environnement très concurrentiel de l’édition scientifique (propre aux Etats-Unis), les auteurs ne voient pas l’intérêt de divulguer leurs recherches à tous. Et du côté des correcteurs potentiels, ils sont trop occupés ou pas assez habitués aux outils de l’Internet pour consacrer du temps à commenter et annoter les travaux des autres.

Que pouvons-nous en tirer ?

La première explication est celle donnée par Techdirt : il ne suffit pas de mettre à disposition un outil à la mode, le plus dur est de créer un système où le contributeur perçoit la valeur qu’il en retire. Et une fois qu’on a fait ça, il faut arriver à une masse critique suffisante de participants pour commencer à créer un contenu pertinent.

J’ajouterais également ceci : Nature ne s’est pas mis à la place de ses auteurs et contributeurs et se demandant pourquoi ils participeraient. Ils n’avaient donc aucune raison de faire cet effort pour Nature. Mais en plus, ils sont tombés sur un cas où il y a un conflit d’intérêt évident entre leur activité professionnelle existante et le système totalement ouvert.

Si on se replace du côté de l’utilisateur, il y a un débat en ce moment sur le fait que tous ces sites exploitent les pauvres internautes. Nicholas Carr avance sur son blog qu’il s’agit en fait d’une version moderne du métayage où le propriétaire de la terre (les YouTube, MySpace) exploite le pauvre métayer (l’internaute qui participe avec son contenu), car ce dernier travaillerait pour rien.

Discussion intéressante, mais très lointaine de la réalité. C’est oublier que tout ne s’échange pas au travers de l’argent. Que si on cherchait à établir une valeur monétaire et à la partager entre tous les participants, on parlerait de quelques euros par mois et par tête de pipe. Les sites prétendant reverser une partie du revenu publicitaires me semblent très hypocrites : quand on connaît la fragmentation du trafic sur un site, qu’il faut matcher avec les pages sur lesquelles de la pub a été vendue, qu’il faut ensuite matcher avec les quelques pages de contenus créer par chaque utilisateur, au bout du filtre, il ne reste presque plus rien (sauf peut-être pour quelques gros contributeurs, mais ce n’est pas ce qui motive toute une communauté).

C’est aussi prendre l’internaute pour un imbécile alors qu’il a parfaitement compris son intérêt pour y consacrer une bonne partie de ses loisirs et certaines de ses nuits à participer. Certains y cherchent plus du social networking, là la motivation est claire est ancestrale : rencontrer des gens. Pour le social media (ou les sites de user generated content qui veulent faire du média), la motivation peut être plus complexe (elle était carrément négative dans le cas de Nature).

A votre avis, quelle sont les motivations d’une personne à participer sur wikipedia ou wikia ?

Auteur - Julien Jacob

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